Simone Veil : récits d’archives d’un destin exceptionnel
Atelier animé par le Mémorial de la Shoah
Article mis en ligne le 13 novembre 2020
dernière modification le 14 novembre 2020

par DEBATTY ORIANNE

La classe de 3e1 devait visiter mercredi 4 novembre le Musée des Invalides et le Mémorial de la Shoah, pour une visite thématique : La visite a malheureusement du être annulée en raison du reconfinement.
Le Mémorial de la Shoah a eu la gentillesse de nous proposer de venir animer un atelier au collège. Nous avons choisi celui consacré à Simone Veil. Les élèves de 3e4 ont aussi pu bénéficier de cet atelier.

Fanny et Hubert ont tout d’abord revu avec les élèves ce qu’est la Shoah (mot juif qui signifie catastrophe), à savoir l’extermination des Juifs décidée par l’Allemagne nazie, ainsi que ce qu’est un mémorial.
Ils nous ont montré des photos du Mémorial de la Shoah, situé dans le quartier du Marais à Paris. On y trouve notamment le "Mur des Noms", inauguré en 2005 en présence du Président Chirac et de Simone Veil. Il s’agit de 4 murs, un par année de déportation, sur lesquels figurent les noms des 76 000 Juifs de France déportés (hommes, femmes et enfants).

En France vivaient à cette époque environ 350 000 Juifs, un quart a été déporté, ce qui est peu par rapport à d’autres pays comme la Pologne. En France de nombreux gestes de solidarité ont permis de cacher des Juifs et ainsi de leur éviter la déportation. Les français qui les ont sauvés sont appelés "Justes".
Environ 4 000 Juifs déportés ont survécu aux camps (aucun enfant).
Simone Veil, née Jacob, a été déportée avec ses parents, son frère et une de ses soeurs. Elle est notamment connue pour la loi qui porte son nom en faveur de l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

1/ Une femme française Juive
Simone, ses parents et ses trois frères et soeurs vivaient à Nice en 1939. Elle était la plus jeune, née le 13 juillet 1927. Sa famille était patriote : elle aimait son pays. Elle était laïque : neutre vis-à-vis des religions, respectueuse de la séparation des Eglises et de l’Etat. Elle était assimilée : elle se sentait totalement intégrée à la vie des autres familles française, quelle que soit leur religion.

Le 3 octobre 1940 est promulgué le Statut des Juifs (ci-dessous la version annotée par Pétain), qui définit qui fait partie de la "race" juive (le judaïsme n’est plus considéré comme une religion) et instaure des interdictions professionnelles. Les Juifs ne peuvent plus travailler dans des administrations, l’armée ou l’enseignement. Le père de Simone, architecte, perd son travail.

En juillet 1941 est décidé le recensement des Juifs, qui doivent se déclarer comme tels et donner leur adresse. La famille de Simone, confiante, obéit et se fait recenser.

En France, les autorités allemandes imposent le port de l’étoile jaune dans la zone occupée, le 6 juin 1942.
Le gouvernement de Vichy refuse de l’étendre à la « zone libre » : au Sud de la France, aucun Juif n’aura à la porter, même après l’occupation de la « zone libre » par les allemands.
Jusqu’en novembre 1942, la ville de Nice, située au Sud de la France, est en zone "libre". Puis jusqu’en septembre 1943, elle passe sous occupation italienne, avant de passer sous occupation allemande. Dès lors, avec Aloïs Brunner, commence à Nice la chasse aux Juifs. Ils sont obligés de se cacher.

2/ Itinéraire de Simone Veil de 1939 à son arrestation à Nice
Simone fréquente le lycée de jeunes filles à Nice, jusqu’à ce que cela lui soit interdit parce qu’elle est Juive.

En 1943, elle est cachée par la famille Villeroy, dont la mère est la prof de lettres de sa soeur aînée. Elle change de nom et devient Simone Jacquier.
Elle continue de préparer son Bac grâce à ses camarades qui lui portent les devoirs et passe l’examen sous sa vraie identité.
Le 30 mars 1944, Simone est arrêtée dans la rue par la Gestapo, alors qu’elle est avec un camarade. La police vérifie ses papiers et voient qu’ils sont faux. Elle finit par découvrir sa vraie identité et fait suivre son camarade qui est allé prévenir les parents de Simone. Eux aussi sont arrêtés avec son frère et sa soeur aînée.

3/ Simone Veil et l’expérience concentrationnaire
Toute la famille est envoyée à Drancy, le plus grand camp d’internement français, situé à 12km au Nord de Paris. C’est un camp de transit vers les camps de concentration et d’extermination.

La fiche d’internement de Simone indique qu’elle y est arrivée le 7 avril 1944. Elle a été logée successivement à trois endroits, en partant de la gauche vers la droite, la rapprochant de la sortie.

Elle a quitté Drancy le 13 avril, avec sa mère et sa soeur, pour arriver à Auschwitz Birkenau la nuit du 15 avril, par le convoi 71, avec 1500 autres personnes dont 300 enfants. Les déportés voyageaient en train, dans des wagons à bestiaux (sans siège).

Dès leur arrivée, les SS triaient les déportés selon qu’ils pouvaient travailler ou non : les enfants et jeunes adolescents, les personnes âgées ou fragiles étaient dirigées vers les chambres à gaz. Simone, sur les conseils d’un détenu, dit avoir 18 ans plutôt que 16 ans et demi et arrive à rester avec sa mère et sa soeur.

Le lendemain, les déportés subissaient leurs premières humiliations : le tatouage de leur matricule (leur nouvelle identité) sur le bras, puis pour les femmes on leur coupait les cheveux. Simone et son groupe n’ont pas été rasées totalement contrairement à beaucoup d’autres.
Le matricule de Simone était 78651.
Elle a travaillé, notamment au printemps 1944 pour prolonger la rampe de débarquement des convois pour la rapprocher des chambres à gaz.
Un jour, une SS qui l’a aidée à plusieurs reprises, a proposé de l’envoyer dans un commando moins dur. Simone a accepté dans la mesure où sa mère et sa soeur pouvaient venir avec elle. Elles sont arrivées à Brobeck, où elles travaillaient pour l’usine Siemens.
Devant l’avancée de l’Armée rouge, le 18 janvier 1945, les allemands emmènent les déportés dans une "marche de la mort" de 70 kilomètres jusqu’à Gleiwitz. Ils les transfèrent ensuite en train au camp de Dora, puis à celui de Bergen-Belsen, où Simone Jacob, sa mère et sa sœur arrivent le 30 janvier 1945.

Simone est postée à la cuisine, elle attrape le typhus.
Sa mère meurt du typhus en mars 1945.
Sa sœur Madeleine, atteinte également, est sauvée de justesse grâce à l’arrivée des Alliés. Bergen-Belsen est libéré par les troupes britanniques le 15 avril 1945.

La seconde sœur de Simone, Denise, entrée à 19 ans dans un réseau de la Résistance à Lyon, est arrêtée en 1944 et déportée à Ravensbrück, d’où elle reviendra.
Son père et son frère Jean sont déportés en Lituanie par le convoi n° 7319. Simone Jacob ne les a jamais revus.

Après son retour en France, Simone est prête à parler, mais a l’impression que presque personne ne veut entendre ce qu’elle a à dire. Elle témoignera à partir de 1976.
Simone épouse Antoine Veil en 1946 puis, après des études de droit et de science politique, entre dans la magistrature comme haut fonctionnaire.
En 1974, elle est nommée ministre de la Santé par le Président Giscard d’Estaing, qui la charge de faire adopter la loi dépénalisant le recours à l’IVG (« loi Veil »).

De 1979 à 1982, elle est la première Présidente du Parlement européen. Simone Veil est considérée comme l’une des promotrices de la réconciliation franco-allemande et de la construction européenne.
De 1993 à 1995, elle est ministre d’État, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville au sein du gouvernement Édouard Balladur.
Elle siège au Conseil constitutionnel de 1998 à 2007.
Le 31 octobre 2007 est éditée son autobiographie, intitulée "Une vie" (à retrouver au CDI). L’ouvrage a été traduit en une quinzaine de langues et vendu, en France, à plus de 550 000 exemplaires.

Elle est élue à l’Académie française en 2008. Son épée porte notamment comme symbole son numéro de matricule.

Simone Veil meurt le 30 juin 2017, à Paris.
Sur décision du président Emmanuel Macron, Simone Veil fait son entrée au Panthéon avec son époux le 1er juillet 2018.

A découvrir pour compléter deux interviews de Simone Veil à propos de sa déportation :

Ainsi que d’autres témoignages et documents ici.