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Comment faire parler un objet ?
Article mis en ligne le 14 janvier 2021
dernière modification le 22 janvier 2021

par Orianne Debatty

L’objectif du projet est que les élèves enregistrent un texte qu’ils auront écrit, dans lequel un objet, personnifié, parlera comme s’il était une personne. Il racontera la vie d’un civil (homme, femme, enfant) sous l’Occupation, d’un juif déporté, d’un soldat mobilisé…
Les élèves vont devoir choisir un objet, notamment parmi tous ceux que nous leur avons présentés depuis septembre.
Mme Ranger leur a lu cet extrait des mémoires de Simone Veil :

J’ai donc passé les épreuves [du baccalauréat], le 29 mars, sans rencontrer le moindre problème et sous mon vrai nom.
Le lendemain, j’avais rendez-vous avec des amies pour fêter la fin des examens. Je m’y rendais avec un camarade lorsque soudain, deux Allemands en civil nous arrêtèrent pour contrôle d’identité. Ils étaient escortés d’un de ces Russes dont Nice regorgeait alors et dont certains n’avaient eu aucun scrupule à se mettre au service des Allemands. Un rapide regard sur ma carte d’identité leur suffit : « Elle est fausse. » Je me défendis avec un parfait aplomb : « Mais pas du tout ! » Ils refusèrent de discuter et nos conduisirent aussitôt à l’hôtel Excelsior, où la gestapo menait les interrogatoires des personnes interpellées. Le mien n’a pas duré longtemps. Tandis que je m’acharnais à répéter que mon nom était bien celui qui figurait sur mes papiers, l’un des Allemands m’a désigné d’un geste une table sur laquelle se trouvait un pile de cartes d’identité vierges, mais dont la signature, facilement reconnaissable à son encre verte, était identique à la mienne. Le ton était aimable mais ironique. « Votre carte d’identité, on en a autant que vous voulez. » Je suis restée sans voix.

Une vie, Simone Veil, 2007

Puis, Mme Ranger a proposé aux élèves d’imaginer ce qu’avait pu ressentir la carte d’identité de Simone Veil ce jour-là, après que nous leur ayons montré de faux papiers de l’époque.

Petit complément à cette séance, la découverte du parcours d’Adolfo Kaminsky, grand faussaire.
Juif d’origine russe né en Argentine, Adolfo Kaminsky a grandi en France. Dès 14 ans, il a travaillé dans une teinturerie où il s’est formé à la chimie. En 1942, à 17 ans, il a été interné au camp de Drancy d’où il est sorti miraculeusement. Il a alors rejoint la Résistance en inventant le principe de l’effaceur, permettant.
la décoloration de l’encre bleue Waterman et donc la fabrication de faux papiers.
« Même les enfants en bas âge avaient une carte d’alimentation avec le tampon « Juif » en rouge, se rappelle Adolfo Kaminsky. Et puis il y avait les noms. Quand on s’appelle Israélovitch David, il vaut mieux s’appeler Jean-Pierre Dupond. À cette époque, c’était jour et nuit, j’ai travaillé jusqu’à l’évanouissement. Plusieurs fois de suite, j’ai été réanimé par mes camarades. » 
«  En une heure, je fabrique 30 faux papiers. Si je dors une heure, 30 personnes mourront . » Adolfo Kaminsky


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