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Les enfants, l’école et la vie quotidienne
Article mis en ligne le 18 décembre 2020
dernière modification le 17 décembre 2020

par Orianne Debatty

Ce mardi soir, M.Daubard a poursuivi la lecture des mémoires de son père, enfant pendant la Seconde Guerre Mondiale. Nous avons pu illustrer ce texte avec des objets, comme d’habitude.

"Enfin revenons à ma vie d’écolier de l’époque, où nous fûmes tous conduits de nos écoles à la mairie de Fontainebleau pour toucher chacun notre masque à gaz. Nous étions contents, nous n’avions donc pas classe juste une promenade en rangs, pour toucher comme des soldats un masque à gaz. Quand on est enfant, on ne voit pas le danger, ni l’atrocité des événements qui pourraient en découler. Je me souviens bien de nos masques, d’ailleurs les collectionneurs d’articles militaires ne manquent pas d’en avoir un dans leur collection, bien que ce modèle était, je crois, réservé aux civils. C’était une boîte en métal, de forme cylindrique peinte en gris canon et le masque était de couleur kaki et dégageait une odeur spéciale. Plusieurs fois au cours de l’année scolaire, nous avions des séances pour nous exercer à mettre rapidement ce masque et à le conserver, car ce n’était pas facile de respirer et le maître passait voir chaque élève pour se rendre compte en plus de l’étanchéité sur le visage de chacun de nous. En plus des masques à gaz, le samedi après-midi, nous faisions du secourisme et nous apprenions à faire des pansements. Une infirmière venait dans la classe, je me souviens, elle avait un uniforme bleu."

"Pour nous protéger en cas de bombardements, la ville avait fait creuser dans le parc des tranchées tout le long du mur de la Treille du Roi et quand il y avait des alertes, nous nous rendions en rangs jusqu’à ces tranchées. Le temps de nous rassembler et de descendre la moitié de la rue Félix Herbet et ensuite la rue Adam Salomon, puis ensuite rentrer en file indienne dans les tranchées, je pense que si Fontainebleau avait été visé par l’envahisseur, nous aurions eu certainement pas mal de manquants après l’alerte. Heureusement, cela ne s’est jamais produit. Par la suite il fut creusé des abris souterrains dans la cour de l’école, avec interdiction de jouer dedans pendant les récréations. Vous vous en doutez, ce n’était pas observé, malgré le risque d’une punition. En revanche, à la veille des grandes vacances, on pouvait s’y rendre si on le désirait pour nos jeux, alors là, plus personne ne s’y rendait puisque c’était autorisé."

Un exemple ici en Angleterre
Chaque habitation devait rejoindre un abri en cas de bombardement, même en pleine nuit. Voici ici l’entrée de l’un d’entre eux, à Dunkerque, et un exemple d’ "aménagement" intérieur.

"Nous étions dans la classe de Monsieur Menuret. La classe était très calme. Chacun s’appliquait sur le devoir donné par le maître. Soudain Monsieur Menuret coupa le silence : « Meunier, apporte-moi ce que tu regardes dans ta case ! » Un moment après : « Meunier, apporte-moi ce que tu as dans ta case ! » D’un seul coup Monsieur Menuret se leva et d’un bond releva le pupitre du fameux Meunier. Il découvrit que Meunier avait apporté à l’école une grenade quadrillée prête à l’emploi. Alors, sans prononcer le moindre mot, Monsieur Menuret prit la grenade et sortit dans la cour de l’école. Je ne me souviens de rien d’autre, ni même comment l’histoire se termina. Une chose est sûre, nous étions passés juste à côté d’une catastrophe."

"Le gouvernement de l’époque faisait distribuer à chaque élève quatre gâteaux caséines par jours scolaires, afin de remédier un peu au manque de nourriture. Ils furent remplacés sticks avec lesquels on se faisait des lèvres rouges, comme si on avait un bâton de rouge à lèvres. Une année, nous avions appris qu’il existait des livres scolaires identiques aux nôtres mais réservés aux instituteurs, c’est-à-dire contenant bien sûr les problèmes, mais surtout en-dessous les réponses aux problèmes posés. Nous nous sommes donc cotisés à plusieurs et avons acheté un livre d’arithmétique. Notre vie en calcul fut bien adoucie. La nouvelle se répandit parmi les élèves de la classe, si bien qu’un marché fut établi : contre le résultat du ou des problèmes : deux gâteaux caséinés sur la distribution de quatre qui avait lieu à 16 h 30. Nous rentrions fort bien dans nos frais, mais d’autres ont suivi notre exemple et donc nous eûmes une baisse des rentées de gâteaux et tout se termina avec la fin de l’année scolaire."

Paru pour la première fois en 1877, "Le Tour de France par deux enfants" a été utilisé comme manuel de lecture en cours moyen jusque dans les années 1950. C’était le "best-seller" de l’époque ! Il permettait de découvrir tout à la fois l’histoire, la géographie, la culture, l’économie du pays et distillait aussi des leçons de morale Républicaine.

Enfin, pour finir concernant les livres, voici à quoi ont longtemps ressemblé les oeuvres que les élèves étudiaient en classe, au collège ou au lycée, bien loin de nos couvertures colorées !

"Nous les enfants, nous leurs apportions des tomates dont-ils raffolaient et en échange, nous pouvions faire la queue à la roulante. On nous y donnait une ration de soldat-jour, divers cadeaux, cigarettes, cigares, bonbons, chewing-gums, insignes militaires, grades… Nos parents nous avaient acheté des calots genre militaires. Nous mettions dessus les drapeaux français, américains, russes, anglais, plus les insignes ou grades américains. Pour ma part j’avais eu un US, un insigne d’infirmière ou de personnel féminin, un grade de capitaine. Bien sûr à cette époque-là nous étions heureux de retourner à l’école avec nos insignes, chaussures, blousons que les soldats américains vendaient ou donnaient aux Bellifontains selon le cas."

"Pour moi, ce fut l’année, l’année scolaire 1944-45, où j’obtins mon certificat d’études primaires à la plus grande joie de mes parents et à cette époque notre équipe d’écoliers de la classe de Monsieur Menuret dont j’ai conservé toute ma vie un excellent souvenir, allait commencer à se séparer. La vie décide pour nous plus que nous le croyons. Mes parents, comme beaucoup de familles à l’époque, firent encadrer mon certificat d’études et celui-ci fut accroché au mur de ma chambre. Ils avaient payé, comme cela se faisait à l’époque, pour avoir un beau diplôme, mais quelle ne fut pas notre déception, car nous avons touché un certificat tout ce qu’il y avait de simple, restrictions de guerre obligent ! Je n’ai jamais entendu parler d’un remboursement… Et une nuit, un bruit insolite dans ma chambre… Et bien c’était mon certificat d’études primaires qui était tombé sur le sol."


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